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ABSTRACTS


 

Pour une littérature-monde et Éloge de la créolité : deux manifestes, deux visions de la littérature ?

Stéphanie Bérard
(University of Virginia)

Presque vingt ans avant la sortie de Pour une littérature-monde paraissait en 1989 un autre manifeste qui a fait lui aussi grand bruit, L'éloge de la créolité de Chamoiseau, Confiant et Bernabé. Ces deux manifestes, écrit l'un par des écrivains du monde entier, l'autre par trois auteurs martiniquais, défendent une nouvelle vision de la littérature conçue comme dissociée de la France, de sa tutelle, de sa suprématie, une littérature qui se "libère de l'étreinte de la source-mère" (Jean Rouaud) et n'est plus placée en périphérie, en marge, mais au centre. Mais alors que dans un cas, celui de la créolité, cette libération conduit à un recentrement sur soi, à une "vision intérieure du monde" qui trouve dans sa culture, dans sa langue (le créole) et dans son histoire, celle de la colonisation et de l'esclavage, les assises de son être, dans l'autre cas, celui de la littérature-monde, on assiste à une ouverture, une expansion au-delà des frontières pour entamer un dialogue avec toutes les langues et toutes les cultures du monde.


Ces positions divergentes expliqueraient-elles que ni Confiant, ni surtout Chamoiseau (lauréat du prix Goncourt en 1992 pour Texaco) n'aient signé le manifeste de 2007 ? Faut-il vivre dans le monde, en-dehors des frontières insulaires, comme Glissant, Condé ou Pineau (auteurs antillais signataires du manifeste) pour être capable de rompre les liens avec la "mère patrie" ? La créolité ne peut-elle exister que dans son rapport à la France, contre elle et donc au sein d'une francophonie qui emprisonne, asphyxie en même temps qu'elle stimule la création ? La créolité a-t-elle encore un sens à l'heure où le dialogue avec la France n'a plus lieu d'être et ou celui avec le monde est déjà largement entamé ? L'épuisement de la créolité (qui se revendique aujourd'hui de cette école ?) n'est-il pas la preuve que la francophonie est en effet moribonde ? Telles sont les questions que nous aborderons dans cette communication qui vise principalement à établir une comparaison entre les deux manifestes et à juger de leur pertinence et de leur permanence. Ces deux théories sont-elles compatibles, concurrentes, consécutives ?



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